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12 avril 2021

Dois-je faire stériliser mon chien ?

Le sujet de la stérilisation chez le chien mâle, comme chez la chienne, est un sujet d’actualité ayant amené à la publication de nombreux articles scientifiques ces dernières années.

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Le sujet de la stérilisation chez le chien mâle, comme chez la chienne, est un sujet d’actualité ayant amené à la publication de nombreux articles scientifiques ces dernières années. Il est également difficile à aborder tant il présente d’aspects différents à prendre en compte et tant cette décision peut avoir d’impact sur le reste de la vie de l’animal

Les données chez le mâle sont moins importantes que chez la femelle et, bien que la décision doive également être prise de façon individuelle, moins de critères sont disponibles.

Le désir de faire stériliser son chien mâle est souvent moins important que pour la femelle. En effet, le mâle n’a pas le désavantage de présenter des chaleurs ou de risque de gestation. Néanmoins, un mâle entier (c’est-à-dire non castré) pourra présenter plus de fugues, de bagarre avec d’autres mâles en présence de femelles en chaleurs et des comportements d’hypersexualité qui peuvent impacter l’harmonie de la famille.

Voici les différents critères à prendre en compte que nous détaillerons ensuite :

  • La prévention des maladies de l’appareil génital
  • Stérilisation et longévité
  • L’examen clinique et les examens complémentaires de la consultation de pré-stérilisation
  • Les maladies suspectées comme pouvant avoir une incidence augmentée chez les chiennes stérilisées

1. La prévention des maladies de l’appareil génital

La stérilisation est souvent recommandée pour plusieurs raisons :

  • La prévention des comportements sexuels mâles (marquage urinaire, masturbation, excitation en présence de femelles, pertes au niveau du fourreau, agressivité liée aux hormones sexuelles …)
  • La prévention des maladies de l’appareil génital : affections des testicules et de la prostate.

La castration bilatérale préviendra, c’est certain, 100% des affections testiculaires. Lorsque les deux testicules sont en place, la prévalence des tumeurs testiculaires est de 16 à 27% avec une incidence plus élevée dans la population de chiens âgés. Lorsqu’un chien n’est pas castré, un contrôle régulier des testicules par échographie est donc indiqué. Tous types de tumeurs confondus, des métastases peuvent apparaître dans 20% des cas mais sont d’apparition très lente. Les métastases sont donc rarement observées au moment du diagnostic si celui-ci est fait précocement.

Concernant les affections de la prostate, il est important de savoir que la majorité des troubles prostatiques sont soumises à une imprégnation hormonale. La castration préviendra donc effectivement un grand nombre d’affections prostatiques. Or ces affections sont fréquentes chez le chien. Ainsi, l’hyperplasie bénigne de la prostate (affection bénigne mais pouvant entraîner des signes cliniques ayant un impact sur la vie et le confort de l’animal) touche plus de 80% des chiens à partir de 5 ans et plus de 95% à partir de 9 ans. Le traitement le plus efficace de cette affection est la castration. La castration sera également une partie du traitement d’autres affections prostatiques telles que les kystes prostatiques ou encore les abcès. 

Ainsi, la castration représente un excellent moyen préventif de la majorité des affections de l’appareil génital du chien mâle.
Cependant, il est tout de même important de savoir qu’il existe une maladie de la prostate qui n’est pas prévenue par la castration, voir qui est même suspectée comme étant plus fréquente chez les chiens castrés (Teske et al, 2002). Il s’agit du cancer de la prostate qui n’est pas androgéno-dépendant chez le chien. Ainsi, dans l’étude de Teske et al en 2002, la prévalence de la tumeur prostatique chez le chien castré était jusqu’à 4 fois plus importante que chez le chien entier. Il est cependant suspecté que l’initiation de la tumeur ne serait pas en rapport avec l’absence de testicule mais que son développement, lui, serait favorisé. Ainsi, qu’un chien soit castré ou non, il est essentiel de vérifier sa prostate régulièrement.

2. Stérilisation et longévité

Dans la population de chiens étudiée par Hoffman et al en 2013, la longévité des mâles était plus importante de 14% chez les individus castrés avec une durée moyenne de vie de 9,9 ans comparée à 4,8 ans chez les chiens entiers. Cependant, cette étude portait sur un échantillon de 2002 individus seulement, mâles et femelles confondus. 

Les études à plus grande échelle ayant suivi ne montraient, elles, pas de différence significative de durée de survies entre les chiens mâles entiers et castrés. Prenons par exemple l’étude de Urfer et al, 2019a, portant sur plus de 179 000 individus, l’âge de décès médian des animaux entiers était de 14,09 ans et castrés de 14,15 ans.

Ainsi, la longévité des chiens mâles ne semble pas aussi impactée par la stérilisation que chez la femelle.

3. L’examen clinique et les examens complémentaires de la consultation de pré-stérilisation

Tout comme pour la femelle, l’historique du chien et son examen clinique auront un impact sur la décision de stérilisation. En effet, l’un des motifs de la stérilisation est parfois un trouble du comportement avec agressivité. Il est important de noter que ce motif doit représenter, au contraire, une justification pour ne PAS stériliser

Il est donc essentiel, avec d’opérer, de consulter un vétérinaire comportementaliste qui pourra caractériser plus précisément l’agressivité et juger de l’intérêt de la stérilisation au cas par cas.

L’examen clinique du chien permettra d’évaluer plusieurs critères :

  • les fonctions cario-vasculaires et respiratoires (en vue d’une anesthésie générale)
  • le développement général du chien,
  • son développement génital.

Le développement général est essentiel à prendre en compte. En effet, il est maintenant reconnu qu’une stérilisation précoce chez les chiens prédisposées au développement de troubles ostéo-articulaires augmente le risque d’apparition de ces affections. Ainsi, le format de l’animal et son niveau de développement au moment de la consultation permettront de décider s’il est judicieux d’attendre la fin de la croissance (Oberbauer et al, 2019). 
L’examen clinique permettra, de plus de diagnostiquer une éventuelle cryptorchidie, c’est-à-dire l’absence d’un ou des deux testicules à leur place physiologique, dans le scrotum. On dira parfois que le testicule « n’est pas descendu ». Cette anomalie est une justification de castration. En effet, lorsqu’un testicule n’est pas à bonne température (donc quand il n’est pas en place), le risque de tumorisation de façon plus grave et plus précoce, est plus important. De plus, une position abdominale d’un testicule augmente également le risque de torsion testiculaire (qui est une urgence chirurgicale). Pour toutes ces raisons, les testicules qui ne sont pas présents dans le scrotum doivent être retirés. Cependant, si un seul des deux testicules n’est pas en place, celui qui est bien dans le scrotum peut être laissé en place. Cela permet de conserver le comportement du chien entier et d’éviter, par exemple, la prise de poids liée à la castration. CEPENDANT, la fonction de reproduction (le fait de pouvoir produire des chiots) doit être supprimée. Ainsi, dans le cas où le testicule est laissé en place, une vasectomie devra être réalisée.

4. Les maladies suspectées comme pouvant avoir une incidence augmentée chez les chiennes stérilisées

L’obésité

De la même façon que chez la femelle, la prise de poids est probablement la conséquence la plus communément admise dans la littérature suite à la stérilisation. 

Cette prise de poids est très fréquente quel que soit l’âge à la stérilisation et semble plus importante dans les 2 ans qui suivent l’intervention (Lefebvre et al, 2013).  

La prise de poids n’est cependant pas une fatalité et la gestion de l’alimentation après l’intervention sera essentielle pour la contrôler.

L’incontinence urinaire post-stérilisation

Le développement d’une incontinence urinaire post-stérilisation chez le chien mâle est très peu courante. Néanmoins, il s’agit également d’une conséquence possible de la castration.

Les troubles du comportement

La libido, les comportements de monte et de marquage urinaire sont fortement diminués suite à la castration. Cependant, ce type de comportement peut également être acquis par l’expérience du chien. Ainsi, chez certain chiens, l’effet de la castration sur ce type de comportement sexuel peut s’avérer décevant.

Concernant l’agressivité, les études sont parfois contradictoires. Si l’agressivité entre chien mâles semble diminuée avec la castration, celle contre les humains et de protection des objets semble parfois augmentée. Le sentiment d’anxiété pouvant être augmentée suite à la castration il est important d’analyser le comportement du chien avec de prendre une décision définitive.
Comme chez la femelle, la castration ne doit pas représenter la solution choisie pour un trouble du comportement car elle peut s’avérer contre-productive. Dans ce type de situation, il sera préférable de choisir une castration chimique et réversible afin de tester le comportement du chien avant d’opter pour une castration chirurgicale définitive.

Les maladies ostéo-articulaires

Les maladies ostéo-articulaires étudiées dans la littérature sont les suivantes : la rupture du ligament croisé antérieure, les dysplasies de la hanche et du coude et les arthrites au sens large. Il est actuellement admis que la castration représente, comme chez la femelle, un facteur de risque de développement de ces pathologies chez les races à risque initial, et d’autant plus concernant la rupture du ligament croisé antérieur. De plus, l’âge à la stérilisation semble aussi avoir un impact.
Chez le teckel, une étude menée sur 1964 chiens a montré que, dans cet échantillon, la prévalence de hernies discales était plus importante chez les chiens (mâles et femelles) stérilisés que chez les autres (Dorn et al, 2018).

Ainsi, pour limiter l’apparition de ces affections, il est important de savoir si la race est à risque et si la confirmation de l’animal au moment de la castration est favorable ou non.

Les cancers (hors prostate)

Comme chez la femelle, les études récentes (rassemblées dans la review de Urfer & Kaeberlein en 2019) évoquent une augmentation de la prévalence de différents types de néoplasies chez les mâles castrés. Il est important de bien noter que de nombreuses études paraissent régulièrement et semblent indiquer que le risque est variable en fonction des races. Cela implique à nouveau que la stérilisation est une décision à prendre de façon individuelle.
Les néoplasies évoquées sont : les lymphomes, les ostéosarcomes, les hémangiosarcomes et sarcomes cardiaques, les mastocytomes et les carcinomes vésicaux à cellules transitionnelles.

Ainsi, si le Berger allemand ne semble pas présenter une augmentation du risque d’apparition de cancer avec la stérilisation, chez le Golden retriever au contraire on observe, d’après les études, une augmentation nette des mastocytomes et des lymphosarcomes notamment.

Les maladies auto-immunes

Les données sur les maladies auto-immunes sont controversées et nécessitent de plus amples recherches. Néanmoins, il est important de noter que certaines affections semblent plus fréquentes chez les individus stérilisés et inversement pour d’autres (Sundburg et al, 2016).

Enfin, l’impact de la stérilisation sur diverses autres maladies (cardiaques ou neurologiques par exemple) n’a pas encore assez étudiée pour que qu’un effet positif ou négatif n’ait pu être établie jusqu’à maintenant.

Ainsi, si la communauté scientifique maintient que la stérilisation reste souhaitable chez la chienne, il est maintenant recommandé de prendre la décision chirurgicale AU CAS PAR CAS. Il est nécessaire d’en discuter avec le vétérinaire afin de déterminer si ce qui motive la demande de stérilisation est cohérent avec le résultat attendu et savoir si le chien est un bon candidat au moment où il est présenté en consultation. Enfin, l’examen clinique général et génital est indispensable également pour décider du bon moment de la castration.

Points clefs

  • La castration est un sujet d’actualité. De nouvelles recommandations sont maintenant accessibles
  • La prise de décision doit se faire au cas par cas en fonction de la race, de l’âge, de la conformation, des antécédents et des examens cliniques et génitaux
  • La prise de décision doit impérativement se faire après discussion avec un vétérinaire
  • Il existe actuellement une castration chimique réversible permettant de « tester » le comportement du chien lorsque ses androgènes sont mis à un niveau basal

Références

  • Dorn M, Seath IJ. Neuter status as a risk factor for canine intervertebral disc herniation (IVDH) in dachshunds: a retrospective cohort study. Can Genet Epidemiol, 2018, 5:11.
  • Hoffman,J.M., Creevy,K.E., Promislow, D.E. Reproductive capability is associated with lifespan and cause of death in companion dogs. PLoS ONE, 2013, 8, e61082.
  • Lefebvre S.L., Yang M., Wang M., Elliott D.A., Buff P.R., Lund E.M., Effect of age at gonadectomy on the probability of dogs becoming overweight., Journal of the American Veterinary Medical Association, July 2013.
  • Sundburg C.R., Belanger J.M., Bannasch D.L., Famula T.R., Oberbauer, A.M. Gonadectomy effects on the risk of immune disorders in the dog: A retrospective study. BMC Vet. Res. 2016, 12, 278.
  • Oberbauer AM, Belanger JM and Famula TR, A Review of the Impact of Neuter Status on Expression of Inherited Conditions in Dogs. Front. Vet. Sci., 2019, 6:397.
  • Teske E, Naan EC, van Dijk EM, Van Garderen E, Schalken JA. Canine prostate carcinoma : epidemiologal evience of an increased risk in castrated dog. Mol Cell Endocrinol, 2002, Nov 29, 197:251-5.
  • Urfer, S.R., Wang, M., Yang, M., Lund, E.M., Lefebvre, S.L., Risk Factors Associated with Life span in Pet Dogs Evaluated in Primary Care Veterinary Hospitals. J. Am. Anim. Hosp. Assoc. 2019a, 55, 130–137.
  • Urfer S.R. and Kaeberlein M., Desexing Dogs A Review of the Current Literature., Animals, 2019, 9, 1086.