Echographie des affections pancréatiques chez le chien

 

par Hélène KOLB et Isabelle TESTAULT


Introduction

Les pancréatites sont les affections pancréatiques les plus fréquemment rencontrées chez le chien. Le diagnostic différentiel des atteintes pancréatiques du chien est cependant beaucoup plus large. L’article présente les principaux critères de diagnostic échographique des affections pancréatiques rencontrées dans l’espèce canine.

 

 

 

Les pancréatites

Les modifications pancréatiques

Chez le chien, les pancréatites aigues sont plus fréquentes que les pancréatites chroniques.

Elles se caractérisent le plus souvent par un pancréas épaissi (donnant parfois un effet de masse), hypoéchogène, entouré d’une graisse mésentérique hyperéchogène . Un épanchement peut être présent, signant une péritonite localisée. L’hypoéchogénicité du pancréas traduit la nécrose de l’organe et l’hyperéchogénicité de la graisse mésentérique témoigne de la stéatite péripancréatique liée à la libération des enzymes localement. Ce contraste accentue la visualisation du pancréas chez le chien atteint de pancréatite aigue.

pancréatite chez un chien : le pancréas est hyperéchogène et hypoéchogène entouré d’une graisse hyperéchogène péritonite localisée secondaire à une pancréatite : l’épanchement jouxte le pancréas inflammatoire
 

 

Lors de pancréatite chronique, le pancréas peut apparaître hétérogène et de plus petite taille. Le tissu pancréatique peut être hyperéchogène lors de fibrose, montrer des nodules ou des points de minéralisation, (interface hyperéchogène  associée à un cône d’ombre sous jacent). Les conduits pancréatiques lorsqu’ils sont visibles adoptent parfois un trajet sinueux.

 

Les modifications des organes environnants

Lors de pancréatite, le duodénum peut apparaître plus épais (son épaisseur dépasse alors 5mm), festonné, avec une atténuation des couches échographiques. La motilité duodénale est souvent diminuée et la lumière plus dilatée. Cet iléus peut concerner également le reste de l’appareil digestif (estomac de « rétention », l’intestin grêle en général).

Des modifications biliaires peuvent être observées : un épaississement de la paroi de la vésicule biliaire ou du conduit cholédoque qui, dans le contexte de pancréatite, sont en faveur d’une cholécystite et d’une cholangite respectivement, un épaississement de la bile qui se transforme en boue biliaire… Une cholestase extrahépatique est visible lors d’obstruction des voies biliaires : le conduit cholédoque dépasse alors 2-3mm de diamètre, la vésicule biliaire peut être distendue…

obstruction des voies biliaires secondaire à une pancréatite chez un chien : la vésicule biliaire, le conduit cystique et le conduit cholédoque sont distendus obstruction des voies biliaires secondaire à une pancréatite chez un chien : la vésicule biliaire, le conduit cystique et le conduit cholédoque sont distendus
 

 

Parfois, des thrombi peuvent être visualisés dans la veine porte ou les veines pancréatiques. Ils apparaissent sous la forme de petits éléments échogènes obstruant toute ou partie de la lumière du vaisseau. Le Doppler couleur souligne le thrombus dans le vaisseau concerné.

 

Sensibilité de l’outil échographique lors de pancréatite

un pancréas echographiquement normal n’exclut pas une pancréatite chez un chien

Comme chez le chat, l’observation d’un pancréas normal à l’échographie n’exclut pas une pancréatite. La sensibilité de l’échographie est d’environ 68% chez le chien, alors qu’elle est de 11 à 35% chez le chat selon certaines études (1,2). Cette différence s’explique par une observation plus aisée du pancréas chez le chien, en raison de sa taille plus importante et par le fait que la composante aigue est plus fréquente.

 

D’autres examens ont été développés afin d’optimiser le diagnostic des pancréatites. Il est ainsi intéressant de combiner un examen échographique minutieux et un dosage des cPLI (lipases spécifiques pancréatiques), test sanguin hautement spécifique du pancréas exocrine (à plus de 95% (3)) et sensible (à plus de 82% (4)) dans le diagnostic des pancréatites.

 

 

 

Les « Masses pancréatiques » bénignes

Pseudokystes pancréatiques, pancréatite nécrosante et abcès pancréatiques

Ces trois affections s’installent secondairement à une pancréatite (Coleman).

Les pseudokystes pancréatiques s’installent secondairement à l’évolution d’une pancréatite par obstruction des canaux pancréatiques par l’inflammation. Ils correspondent à une collection stérile de sécrétions pancréatiques pouvant être entourée d’une paroi fibreuse ou d’un tissu de granulation. Echographiquement, les pseudokystes pancréatiques s’observent au sein du pancréas sous la forme d’une à plusieurs structures circulaires kystiques, à contours plus ou moins bien définis, souvent dépourvues de paroi, renfermant un contenu hypoéchogène voire anéchogène et parfois quelques débris hyperéchogènes en suspension. L’opérateur peut observer d’autres modifications pancréatiques témoignant d’une pancréatite concomitante (cf. I.1.).

pancréatite nécrosante : le pancréas est hypertrophié et hétérogène, entouré d’une graisse hyperéchogène

Les pancréatites nécrosantes se traduisent par une nécrose diffuse ou localisée du parenchyme pancréatique, conférant au pancréas un effet de masse, d’aspect hétérogène. A la différence des abcès pancréatiques, aucun matériel purulent n’est observé et aucun germe n’est mis en évidence. Une étude a montré parmi 72 chiens atteints de pancréatite 7% de pancréatites nécrosantes (6).

 

Les abcès pancréatiques chez le chien se caractérisent par la mise en évidence de matériel purulent à l’analyse histologique. Contrairement à l’homme, les abcès pancréatiques du chien sont souvent stériles. Des études ont montré une prévalence de 1,4 à 6% parmi un lot de chiens atteints de pancréatite. Les abcès pancréatiques peuvent apparaître sous la forme de masses volumineuses, pouvant atteindre 5cm de diamètre, hyperéchogènes avec des plages hypoéchogènes correspondant à des accumulations liquidiennes. Ils sont souvent associés à une péritonite localisée et un épanchement péritonéal plus ou moins abondant (8). Il peut être très difficile de distinguer les abcès pancréatiques des pancréatites nécrosantes ou des pseudokystes pancréatiques en raison des modifications échographiques souvent similaires.

 

L’hyperplasie nodulaire pancréatique

Les nodules d’hyperplasie pancréatique, bénins, se rencontrent essentiellement chez les chiens âgés ; ils apparaissent sous la forme de nodules hyperéchogènes à isoéchogènes bien délimités et peuvent ainsi être aisément confondus avec des nodules tumoraux.

 

Diagnostic cytologique

Compte tenu du manque de spécificité de l’échographie dans le diagnostic de ces affections pancréatiques, le diagnostic repose souvent sur des cytoaspirations échoguidées, une technique dont les complications sont rares. L’analyse du liquide obtenu permet de trancher : dans un pseudokyste pancréatique, le liquide est paucicellulaire, stérile et riche en enzymes pancréatiques, alors qu’il est riche en cellules inflammatoire dans un abcès pancréatique.

 

 

 

Les tumeurs pancréatiques

Les tumeurs du pancréas exocrine (adénocarcinomes en tête, mais aussi cystadénomes, les carcinomes métastatiques, les lymphomes) sont les tumeurs pancréatiques les plus fréquentes chez le chien. Echographiquement, les tumeurs pancréatiques apparaissent souvent comme des nodules hypoéchogènes, avec une taille moyenne d’environ 2,5cm (9). Compte tenu du pouvoir métastatique de nombreuses tumeurs pancréatiques, il convient d’explorer également le foie, l mésentère et les nœuds lymphatiques locorégionaux à la recherche de modifications pouvant évoquer des métastases (lymphadénomégalie, foie nodulaire…).

volumineuse tumeur pancréatique (carcinome) chez un chien Les nœuds lymphatiques locorégionaux peuvent être augmentés lors d’affection pancréatique (ici le NL hépatique gauche)
 

 

 

 

Conclusion

Comme dans l’espèce féline, l’échographie dans le diagnostic des affections pancréatiques canines manque de sensibilité et de spécificité. Cet examen s’inscrit donc dans une démarche diagnostique rigoureuse incluant le dosage des lipases pancréatiques canines, les analyses cytologiques voire histologiques.

 

 

 

Ce qu'il faut retenir

  • L’observation d’un pancréas normal chez le chien ne permet pas d’exclure une pancréatite.
  • Les pancréatites, les abcès pancréatiques et les tumeurs pancréatiques peuvent générer les mêmes modifications échographiques.
  • Les pseudokystes pancréatiques, les pancréatites nécrosantes et les abcès pancréatiques se développent toujours secondairement à une pancréatite.
  • Les adénocarcinomes pancréatiques sont les tumeurs du pancréas les plus fréquentes chez le chien.

 

 

 

Bibliographie

  • Hess RS, Saunders HM, Van Winkle TJ, et al: Clinical, clinicopathologic, radiographic, and ultrasonographic abnormalities in dogs with fatal acute pancreatitis: 70 cases (1986-1995). J Am Vet Med Assoc 1998;213:665-670,
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  • Carley S, Robertson JE, Newman SJ, Steiner JM, Kutchmarick D, Relford RL.  Specificity of canine pancreas-specific Lipase (Spec cPL) in dogs with a histologically normal pancreas [ACVIM Abstract 150]. J Vet Intern Med. 2008;22:746.
  • Steiner JM, Broussard J, Mansfield CS, Gumminger SR, Williams DA. Serum canine pancreatic lipase immunoreactivity (cPLI) concentrations in dogs with spontaneous pancreatitis [ACVIM Abstract 10]. J Vet Intern Med. 2001;15:274
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  • Domange B. Echographie du pancréas chez le chien et le chat : étude bibliographique. Th. : Med. Vet. : Alfort : 2004 ; 107p.